comment se retrouver après les dommages collatéraux du Covid




Catherine Demangeot : "Il est temps de ne plus s'infliger ces après-dîners chacun dans son coin, à regarder des "trucs" ni intéressants ni urgent - ou une série perso - sur un appareil quelconque"


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Catherine Demangeot : “Il est temps de ne plus s’infliger ces après-dîners chacun dans son coin, à regarder des “trucs” ni intéressants ni urgent – ou une série perso – sur un appareil quelconque”

“Summer of love” en vue, clament joyeusement les réseaux sociaux, affichant des visages extatiques de jeunes célibataires enfin libérés de huit mois d’hibernation… Aux terrasses des villes, on ne voit qu’eux, d’ailleurs, en mode drague collective, attablés en bandes joyeuses !

Où sont passés les amoureux “yeux dans les yeux” ? On n’en aperçoit que très rarement dans les restaurants et les bars, même cosy… Et encore moins de des couples “établis” – allez, ayant dépassé la trentaine, soyons francs – sortis tous les deux aérer leurs amours ! Que se passe-t-il ? Le syndrome post-Covid dit “de la cabane” – peur de se retrouver dehors – aurait-il un équivalent affectif : celui du “Je t’ai trop vu” ?

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Pour Catherine Demangeot, thérapeute de couple – et créatrice du magnifique podcast Qui m’aime me suive ! -, “peu de couples sortent en effet très en forme de la période. Une forme d’apathie règne chez la plupart, même s’il n’y a pas de drame ni d’envie de se quitter. Beaucoup ont souvent glissé ces derniers mois vers une forme de camaraderie, aimable mais volontiers asexuée“. Ce constat vous dit quelque chose ? Cette Pimprenelle et Nicolas attitude a certes des excuses : “Nous avons été infantilisés comme jamais. Nos couples aussi ont régressé à ce stade gentillet. Mais le moment est enfin venu de reprendre pied dans une vie d’adultes qui ont envie de renouer avec leur sensualité…”

Une envie de revibrer ensemble

La première urgence serait sans doute de parler de cet “anhédonisme conjugal” avec son conjoint. Ce n’est pas toujours facile de mettre des mots dessus, surtout si cela fait des mois que l’on s’endort après un gentil “Bonsoir chéri(e)” sans grandes effusions. Ni effusions tout court… “Les vacances sont un bon prétexte, suggère Catherine Demangeot, pourquoi ne pas prendre le temps de faire un vrai prébrief de ce que chacun en attend, personnellement et à deux ? Pas une liste de choses à faire ni un “faukonparle” réfrigérant, évidemment, plutôt une conversation autour de ses désirs…” Et des désirs au… désir, le sujet devrait forcément émerger chez l’un ou l’autre, au moins chez celui qui a pris l’initiative de ce point. Une fois cette envie de “revibrer ensemble” suggérée, comment créer un contexte favorable ?

Catherine Demangeot rappelle ce que l’on sait déjà, sans forcément se l’accorder : exit le mode pilotage automatique des confinements, dédié en priorité au travail, aux corvées et à la récupération induite par ce no-métro mais boulot-dodo infernal, “il faut se réautoriser enfin “soin de soi”, massages, envies et besoin de se sentir belle”. Ce n’est pas trop difficile. Ce qui est plus délicat, c’est aussi de se donner le droit de les suggérer à l’autre s’il persiste en mode “relâche, y a pas de spectateurs”… Un massage, ça peut se réserver pour deux ! Un “repimpage” de penderie où chacun donne son avis sur les habits de l’autre – “j’ai toujours adoré cette chemise bleue sur toi” -, c’est aussi une façon de réinvestir les corps.

Chuchoter pour s’aimer

Il y a aussi tous les dégâts collatéraux invisibles du télétravail sur le couple sur lesquels il y a intérêt à opérer vite… Pour l’envahissement momentané de la sphère privée, on sait. Pour les séquelles, on imagine moins… Catherine Demangeot insiste d’abord sur la nécessité de “réintroduire le chuchotement, le murmure, le demi-voix dans les échanges de couple”. Tous ces appels, ces Zooms nous ont habitués à donner de la voix, à “gueuler” à dire vrai. “Ce n’est certainement pas le ton du désir, il nous faut le retrouver.”

Surprenant mais très juste : combien de fois, ces temps-ci, les enfants ne nous disent-ils pas : “Mais pourquoi tu parles si fort ?” Il y a une autre mauvaise habitude insidieuse qu’il vaudrait mieux tenter de chasser… Avant la pandémie, dans les couples disons “vigilants” sur la qualité de leur relation, l’usage des écrans restait sous contrôle. On se “tenait”. Tout cela a volé en éclats avec le bureau à la maison, la quête haletante d’infos, l’ennui de la claustration… “Il est temps de ne plus s’infliger ces après-dîners chacun dans son coin, à regarder des “trucs” ni intéressants ni urgent – ou une série perso – sur un appareil quelconque”, note notre thérapeute. Un vrai bon film à deux, oui ! Lovés sur le même canapé…

Le piège du retour au nid familial

Enfin, même si c’est un brin inavouable, il y a le sujet des grands enfants. Depuis mars 2020, “on a passé beaucoup de temps avec eux”. Les étudiants sont revenus, les stagiaires sont restés vingt-quatre heures sur vingt-quatre au foyer, les jeunes télétravailleurs ont fui leurs 20 m² pour réintégrer le nid familial. “Ce “rab” de parentalité nourricière inespéré a été merveilleux pour beaucoup.”

Sympa, mais pas très sexy ni intime… Les corps ont parfois suivi ce retour à des années plus sacrificielles : le papa corps – “bedaine de papa” – ou son équivalent féminin ont quelquefois (re)pris leurs aises… “On se réveille de l’épisode en ayant un peu régressé au stade dénarcissisé du jeune parent, à un moment où on peut… moins se le permettre !” Cet été, donc, on la joue un peu moins auberge de jeunesse, un peu plus luxe, calme et volupté…



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